Analyse des arguments des ennemis de la démocratie libérale

 

Par Benjamin Lisan, le 26 septembre 2025, avec l’aide de Perplexity AI.

 

(En cours de rédaction)

1        Introduction

 

Dans les années 70 et 80, j’avais soutenu à fond la cause tibétaine et l’association des ex-prisonniers politiques tibétains, le GU CHU SUM.

Le gouvernement chinois et le PCC prétendait qu’à cause des traditions et valeurs traditionnelles de la Chine, la démocratie à l’occidentale n’était pas adaptée au peuple chinois. Que seul le parti unique du PCC et sa direction éclairé apportait le bonheur et la stabilité au peuple chinois.

 

Pourtant, face à la répression et l’arbitraire du régime chinois, ces ex-prisonniers politiques tibétains ne rêvaient que de démocratie à l’occidentale, du modèle occidental pour le Tibet et la Chine.

 

Sinon, selon Mustapha Djemilev, leader des tatars de Crimée, "« Aujourd'hui, l'Ukraine se saigne, se battant contre l'agresseur et essayant de libérer ses territoires occupés, des millions de nos concitoyens qui sont passés sous le pouvoir d'occupants brutaux" [...] "cette guerre de Russie n'est pas seulement contre l'Ukraine, mais aussi contre l'ordre mondial tout entier, contre la civilisation" [...] "La théorie de la "Realpolitik", prônée par certains politiciens occidentaux, pour le bien des intérêts économiques ou autres de ses pays, permet d'ignorer les principes moraux et éthiques, les droits de l'homme et le droit international".

 

Quels sont les principales critiques des ennemis de la démocratie libérale et parlementaire contre leurs valeurs et principes ?

 

Toutes les extrême-droite, autocratie et les dictatures prônent les « valeurs traditionnelles » et la « continuité historique ». Que sont-elles ?

Et l’hostilité envers toute tolérance envers l’homosexualité et les minorités LGBTQ+. Pour quelles raisons ?

 

2        Les valeurs traditionnelles ou conservatrices

 

(Selon Poutine, les idéologues du Kremlin, Orban …).

 

Les "valeurs traditionnelles" mises en avant par Poutine, Orban, Douguine et les idéologues panslavistes ou du Kremlin désignent une vision conservatrice de la société fondée sur la famille, la religion (principalement christianisme orthodoxe), la patrie, la solidarité nationale [prioritairement ou uniquement pour les nationaux, avec une certaine xénophobie], l’ordre moral et l’éloge de la continuité historique.

 

Elles s’opposent aux principes jugés « dénaturés » ou « décadents » du libéralisme occidental: pluralisme, multiculturalisme, liberté sexuelle, égalité des genres et droits individuels universels.

 

2.1     Ce que recouvrent les "valeurs traditionnelles"

 

Dans les discours officiels russes et chez Douguine, les valeurs traditionnelles incluent :

 

·         Solidité de la famille, couples hétérosexuels, natalité, devoir filial [voire l’obéissance et soumission des enfants envers leurs parents, les anciens, le patriarcat et la soumission des femmes aux hommes].

·         Religion et spiritualité (Orthodoxie, parfois islam, bouddhisme, judaïsme), rôle social et moral des Églises.

·         Patriotisme et nationalisme, service du pays [et de son armée], respect de la mémoire historique [réécriture de l’histoire dans le sens de sa glorification, lois mémorielles interdisant de la critiquer ou de critiquer le rôle de l’armée].

·         Priorité du spirituel sur le matériel, rejet du consumérisme [de la société de consommation, de la poursuite de la richesse matérielle] et du matérialisme.

·         Ordre social hiérarchisé, respect de l’autorité, primauté du collectif sur l’individu.

·         Justice, humanisme, solidarité, mais uniquement dans le cadre du groupe national ou religieux défini [xénophobie, égoïsme nationaliste].

·         Refus du « mondialisme », du libéralisme et du multiculturalisme, rejet de l’universalisme occidental des droits humains [l’état, la raison d’état ont la priorité sur les droits des individus].

 

2.2     Valeurs traditionnelles chinoises selon Xi Jinping et le PCC

 

Selon Xi Jinping et le Parti communiste chinois (PCC), les "valeurs traditionnelles chinoises" sont présentées comme l’héritage des grandes philosophies et sagesses historiques chinoises, principalement le confucianisme, adaptées et fusionnées avec le marxisme pour fonder la civilisation moderne chinoise.

 

2.2.1    Principaux piliers des valeurs traditionnelles

 

Famille et harmonie sociale :

 

La famille est vue comme le fondement de l’ordre moral et du progrès national.

 

Les valeurs telles que la civilité, la piété filiale, la solidarité intergénérationnelle et le respect des anciens occupent une place centrale.

 

Collectivisme et primauté de l’intérêt général :

 

Selon l’héritage confucéen et la doctrine marxiste, le bien-être du groupe prime sur l’individu, valorisant la collaboration, la loyauté envers la communauté et la cohésion nationale.

 

Stabilité, paix et unité :

 

La Chine met l’accent sur la continuité historique, l’unité du territoire et du peuple, ainsi que le rejet de la division ou du chaos social.

 

Respect de l’autorité et de l’ordre :

 

L’ordre de l’État, le respect des autorités politiques, et la stabilité institutionnelle sont des principes fondamentaux issus du confucianisme et du marxisme chinois contemporain.

 

Innovation et adaptation :

 

Xi Jinping promeut aussi la capacité d’innovation et la transformation créative des valeurs traditionnelles pour accompagner le développement moderne du pays.

 

Synthèse idéologique selon le PCC et Xi

 

Xi Jinping insiste sur la "confiance culturelle": il s’agit de combiner les principes de base du marxisme et le meilleur de la culture traditionnelle chinoise (Confucius, Laozi, héritage impérial, valeurs familiales), pour fonder une civilisation chinoise moderne, « prospère, harmonieuse et innovante ».

 

Cette synthèse est censée permettre le "grand renouveau de la nation chinoise", pôle idéologique du « rêve chinois ».

 

2.2.2    Critères moraux et sociaux

 

Le PCC présente la famille comme le socle de la société, le respect des ancêtres et des vertus comme une source d’harmonie, et la recherche de la prospérité commune comme finalité de l’action politique��.

 

Les valeurs d’inclusivité et de paix sont brandies pour la politique extérieure, l’innovation pour la croissance économique, mais toujours dans un cadre de stabilité et de centralisation du pouvoir du Parti.

 

En résumé : la tradition chinoise, selon Xi Jinping et le PCC, repose sur la famille, l’harmonie sociale, le collectivisme, la loyauté envers le clan et la nation, le respect de l’ordre et l’autorité, la paix et la prospérité commune, le tout fusionné avec le marxisme pour servir le développement et la stabilité du pays.

 

2.3     Hostilité envers la tolérance de l’homosexualité

 

Poutine, Orban et Douguine s’opposent à la tolérance envers l’homosexualité principalement pour deux raisons :Pour eux, l’homosexualité et les autres identités de genre représentent une menace pour la famille traditionnelle et l’ordre moral.

 

Ils voient l’acceptation sociale et la protection juridique des minorités sexuelles comme un symptôme de la « décadence » occidentale qui affaiblit les sociétés.

 

La tolérance envers l’homosexualité est vue comme une attaque contre la continuité historique et les fondements religieux traditionnelistes. Les discours du Kremlin et de ses alliés dénoncent l’idéologie du « genre » comme une construction occidentale qui détruit la société organisée autour du mariage hétérosexuel et de l’éducation des enfants.

 

Douguine va jusqu’à affirmer que le libéralisme est « totalitaire » car il impose la tolérance et la liberté de choix individuel — y compris de religion, de nation, de sexe — et dissout ainsi toute forme d’identité collective [qui doit être imposée au peuple, pour éviter sa division].

 

De même, Viktor Orban construit son opposition sur la défense de la famille chrétienne, rejetant la reconnaissance des couples homosexuels et l’éducation inclusive comme « propagande idéologique » contre la culture nationale.

 

2.4     Fonction politique de cette hostilité

 

La promotion des valeurs traditionnelles sert également d’outil idéologique et de légitimation pour mobiliser la population: elle offre un récit alternatif à la modernité occidentale, disqualifie la contestation sociale interne, et alimente la propagande contre les États de l’UE ou les institutions internationales jugées « décadentes » ou « impérialistes ».

 

En résumé, pour Poutine, Orban, Douguine et leurs alliés panslavistes, l’opposition à la tolérance envers l’homosexualité est un pivot de la défense des valeurs dites « traditionnelles », qui s’articulent autour de la famille hétérosexuelle, de la religion et du rejet de l’individualisme libéral promu par l’Occident.

 

3        La continuité historique

 

La "continuité historique" selon Poutine, Orban, Douguine, Xi Jinping et le PCC désigne la transmission ininterrompue, voire la réactivation, des valeurs, traditions, structures et récits du passé national ou civilisationnel — considérés comme le fondement de la légitimité du pouvoir, de l’identité du peuple et de la résistance aux influences étrangères ou modernisantes perçues comme déstructurantes.

 

3.1     Poutine, Douguine et les idéologues russes

 

Poutine met l’accent sur la mémoire collective, l’histoire héroïque du peuple russe, la religion et la famille comme socle moral. La continuité historique, dans son discours, signifie "préserver et revivifier" les valeurs religieuses, morales, étatiques et guerrières qui auraient traversé intactes les siècles, des premiers tsars à la période soviétique et jusqu’à la Fédération de Russie contemporaine [avec l’idée de la glorification constante de l’histoire russe, avec interdiction de toute forme de culpabilisation … cette dernière étant considérée comme une faiblesse occidentale].

 

Cette continuité est valorisée comme antidote à la "décadence" et l’oubli des racines qu’il reproche à l’Occident, et elle fonde aussi la lutte idéologique contre ce dernier.

 

Douguine radicalise cette vision par l’idée que la Russie est porteuse d’une mission historique et métaphysique ininterrompue, de la Rus’ médiévale à l’Empire puis à la puissance contemporaine.

 

La "continuité de la tradition" justifie également les répressions contre l’opposition, vues comme des attaques contre l’ordre naturel de l’histoire russe.

 

3.2     Viktor Orban

 

Pour Orban, la continuité historique est d’abord celle de la nation hongroise et d’un récit chrétien, ethnique et conservateur, opposé aux tentatives de "rupture" du libéralisme ou de l’intégration européenne jugée "dénationalisante". Elle s’exprime par la valorisation du passé royal et chrétien, la préservation d’un mode de vie traditionnel et familial, et la lutte contre ce qu’il appelle "les ingérences idéologiques" étrangères.

 

3.3     Xi Jinping et le PCC

 

En Chine, la continuité historique fait référence à la transmission millénaire des valeurs confucéennes (piété filiale, harmonie, hiérarchie, respect du pouvoir), fusionnées au marxisme.

 

Xi Jinping invoque "l’héritage de la civilisation chinoise ininterrompue": l’État contemporain serait l’aboutissement naturel d’une longue histoire, intégrant dynasties impériales, savoir traditionnel, et modernité dirigée par le Parti.

 

Le PCC insiste sur la "confiance culturelle" et l’importance de maintenir, au sein du projet socialiste, la chaîne des valeurs et usages ayant assuré la continuité de la Chine à travers les crises et les changements d’époque�.

 

3.4     Motifs communs

 

·         Mémoire historique comme fondement de la politique et de l’identité.

·         Transmission générationnelle: le passé éclaire le présent et oriente l’avenir.

·         Rejet de la "rupture" occidentale incarnée par l’individualisme, le multiculturalisme, la remise en cause des traditions.

·         Justification de l’autoritarisme et de la préservation du pouvoir central, car le chef incarne cette continuité.

 

La "continuité historique" devient donc un mot d’ordre central servant à légitimer l’ordre actuel en le rattachant à une longue chaîne d’autorité, de valeurs, de défis et de victoires partagés.

 

4        Dans le passé en particulier dans les années 30

 

4.1     Critiques d'Hitler

 

Hitler considérait la démocratie parlementaire comme un système faible et inefficace, incapable de répondre aux défis économiques et politiques, divisant et affaiblissant la nation.

Il ne voyait aucune légitimité dans l’expression démocratique et la souveraineté populaire affirmant que la seule source de légitimité résidait dans la volonté du chef.

 

4.2     Critiques de Mussolini

 

Mussolini jugeait la démocratie parlementaire responsable de l’affaiblissement de l’État italien et de son incapacité à résoudre les crises sociales���.

Selon lui, le parlementarisme favorisait les manipulations et les luttes partisanes vaines, ce qui empêchait l’action efficace et décisive au service de la nation.

Il préconisait l’exaltation de l’État-nation unitaire, pour renforcer l'unité des italiens.

 

4.3     Critiques de Franco

 

Franco rejetait la démocratie parlementaire qu'il associait au chaos, à la division et au déclin national.

Le parlementarisme, pour Franco et le franquisme, était jugé incompatible avec les valeurs traditionnelles [catholiques] et l’ordre social.

Il préconisait une représentation corporative, ’une "unité nationale", excluant le multipartisme ni la délibération.

 

4.4     Critiques de Charles Maurras (royaliste français)

 

Pour lui, la démocratie reposait sur un « acte de foi en l’égalité » qu’il jugeait contre-nature et destructeur.

Il opposait « l’inégalité protectrice » à l’égalité démocratique et considérait la République comme une conspiration permanente contre le salut public.

Selon lui, l’élection comme mode de désignation du pouvoir, reposait sur l’ignorance du peuple et servait des intérêts particuliers plutôt que l’intérêt général.

 

4.5     Critiques de l'extrême-droite française

 

L’extrême-droite française reprend souvent ces thèses : la démocratie parlementaire est jugée faible, soumise à l’influence de groupes d’intérêts ou de forces occultes (argent, lobbyisme), incapable de garantir l’ordre social et la grandeur nationale. Le parlementarisme est fréquemment critiqué comme une source de division et de paralysie politique.

 

Les projets actuels de l’extrême-droite sont un recours massif aux référendums, la réduction du nombre de députés et la limitation des contre-pouvoirs dont la réduction du pouvoir du parlement et du sénat, de l’indépendance de la justice (leur affaiblissement).

 

4.6     Tableau comparatif des critiques

 

 Courant ou chef

 Critiques

 Idée de remplacement

 Hitler

 Système inefficace, division, influence occulte [des forces de l’argent, des Juifs, de la Franc-maçonnerie] [complotisme].

 Autorité du chef (« Führerprinzip »)

 Mussolini

 Luttes partisanes, faiblesse de l'État

 État fort, gouvernement direct

 Franco

 Chaos parlementaire, division

 « Démocratie organique » corporatiste

 Maurras

 Egalité contre-nature, anarchie

 Monarchie locale, pouvoir naturel

 Extrême-droite française

 Faiblesse, influence occulte [des forces de l’argent, de la Franc-maçonnerie] [complotisme], division

 Chef/parti fort, limitation du parlement

 

Ces attitudes se fondent sur une défense de l’unité, de l’ordre et d’une forme de gouvernement incarnée, qui se veut « plus efficace » et historiquement « légitime » que le régime démocratique parlementaire, perçu comme source d’instabilité et de décadence.

 

5        Critiques actuelles

 

5.1     Critiques de Poutine et des idéologues du Kremlin

 

Les critiques de Vladimir Poutine et de ses proches contre la démocratie libérale sont centrées sur le rejet de ses valeurs universalistes, de son multiculturalisme et de sa tolérance sociétale, qui seraient contraires aux intérêts de la majorité et à la stabilité nationale russe.

 

5.1.1    Principales critiques de Poutine

 

Il accuse la démocratie libérale de promouvoir le multiculturalisme, l’ouverture aux migrants, et la défense de droits individuels jugés excessifs, pointant par exemple les débats occidentaux sur les genres et le "wokeisme" comme preuve de décadence morale et de perte de repères. Lui seul et son régime ont la bonne boussole morale.

 

Selon lui, ces principes fragilisent la cohésion et l’identité nationale et répondent moins aux besoins de la majorité qu’aux intérêts de minorités militantes.

Il valorise au contraire l’efficacité, l’ordre et la stabilité, qu’il estime menacés par le pluralisme et le débat démocratique.

 

5.1.2    Critiques des proches et idéologues du Kremlin

 

Les idéologues proches de Poutine, comme Vladislav Sourkov, défendent le modèle russe fondé sur la « confiance dans le dirigeant suprême », l’autorité verticale et un usage décisif de la force étatique, notamment militaire et policière, opposé au pluralisme et à la contestation systématique présents dans les démocraties libérales.

Sourkov théorise ainsi le poutinisme comme une « réponse à la crise du modèle occidental », fondée sur un peuple qui préfère l’unité et la puissance incarnée dans le chef plutôt que la délibération et la diversité opiniâtre de l’Occident.

Ces discours critique l’individualisme et la méfiance portée par le pluralisme occidental, jugés destructeurs pour la collectivité nationale russe.

 

5.1.3    Critiques d'Alexandre Douguine, idéologue russe

 

- Douguine accuse le libéralisme de vouloir détruire toutes les identités collectives: religieuses, nationales, culturelles et familiales, pour créer une société d’individus atomisés.

- Il assimile le libéralisme à une forme d’esclavage, incitant l’homme à se rebeller contre Dieu, contre la morale, contre l’ordre spirituel du peuple. Une idéologie qui détruit toute forme d’identité collective au profit de l’individualisme, de l’universalisme et du rejet des valeurs traditionnelles. Selon lui, le libéralisme va plus loin qu’une simple liberté individuelle: il abolit la religion, la nation, et même le genre en les rendant arbitraires et optionnels.

- Douguine classe le libéralisme comme nihiliste et même “sataniste”, qui mène à la décadence à travers le progrès technologique, le transhumanisme et les réformes sociales comme les droits LGBT. Il est antiscience, anti-technologie.

- Pour lui, la démocratie et les droits humains tels que défendus par l’Occident ne sont pas des valeurs universelles, mais seulement des constructions occidentales, une forme de totalitarisme idéologique que l’Occident veut imposer au reste du monde.

 

Douguine propose un grand empire eurasiste, renouveau d’un grand empire russe et l’élection providentielle du peuple russe: Moscou serait la “Troisième Rome”, porteuse d’une mission sacrée, opposée à l’Occident jugé décadent.

 

- Il soutient un État fort, hiérarchisé, porté par la spiritualité orthodoxe, où l’élite n’est pas sélectionnée par le suffrage universel mais par sa “spiritualité” et ses valeur.

- Selon lui, le vrai universalisme doit passer par la création d’un nouvel Empire eurasien sacré [sous-entendu russe], spirituellement missionné, et non par la société moderne égalitariste et parlementaire de type occidental.

- Douguine oppose la “lumière russe” à la “lumière luciférienne” de l’Occident: la vocation russe serait guidée par la Providence, incarnant des valeurs spirituelles supérieures destinées à montrer la voie à l’humanité.

 

Il prône des valeurs traditionnelles conservatrices, religieuses, mystiques et des stratégies d’expansion géopolitique, assumant la nécessité d’un État autoritaire soutenu par le divin et voué à la confrontation [mortelle] avec l’Occident, avec refus du parlementarisme et de la modernité, exaltation d’un État russe fort mandaté par Dieu, et antagonisme radical à l’Occident libéral. Pour atteindre ces buts, il sacralise la guerre.

 

5.2     Critique de Viktor Orbán

 

Tout comme Poutine, il critique la démocratie libérale occidentale qu'il juge « dépassée », et justifie son appui à la Russie de Poutine par une vision de l’État, basée sur le conservatisme, la souveraineté nationale, et la priorité donnée à l’ordre et aux valeurs traditionnelles.

 

Orbán considère la démocratie libérale comme affaiblie par l’individualisme, la défense des droits universels, la protection des minorités et la mise en avant du multiculturalisme, qu’il oppose à un modèle fondé sur la famille, la nation et la tradition.

 

Selon lui, le modèle libéral a échoué en Europe car il aboutit à une perte de contrôle national et une subordination des peuples aux élites internationales ou à l’Union européenne [vision complotiste].

 

Il critique aussi la place excessive accordée à l’État de droit, aux ONG, aux médias indépendants et à la justice comme contre-pouvoirs, estimant que cela empêche la stabilité et l’efficacité du gouvernement.

 

Orbán défend la « démocratie illibérale », avec une limitation délibérée des droits civiques, de l’indépendance judiciaire, du pluralisme médiatique et de la société civile.

 

5.3     Critique de Xi Jinping et du PCC chinois

 

Quels sont les arguments de Xi Jinping et du PCC chinois contre la démocratie libérale ?

 

Xi Jinping et le Parti communiste chinois (PCC) critiquent la démocratie libérale principalement en opposant le modèle chinois à l’Occident, qu’ils jugent inadapté aux réalités et traditions chinoises. Selon leurs arguments, la démocratie de type occidental favorise le chaos, l’instabilité politique et la division sociale, alors que le régime du PCC assure la stabilité, la croissance et la paix sociale.

 

5.3.1    Modèle chinois vs démocratie occidentale

 

- Xi Jinping affirme que la Chine puise sa grandeur et sa stabilité dans une gouvernance forte, autoritaire, marquée par les traditions confucéennes et le pouvoir centralisé, et non par les modèles de démocratie libérale occidentale.

- Le PCC considère que la démocratie libérale occidentale conduit à des crises répétées (protestations, divisions, inefficacité institutionnelle) alors que le modèle chinois garantit l’ordre social, la rapidité de prise de décision et le développement économique.

 

5.3.2    Critiques du multipartisme et des « valeurs universelles »

 

- Xi Jinping a désigné explicitement la démocratie constitutionnelle, les droits de l’homme, la liberté de la presse et la société civile comme des « périls » pour la Chine, selon le fameux « Document numéro 9 » qui interdit toute promotion de ces valeurs.

- Le PCC considère le multipartisme et la démocratie occidentale comme sources d’instabilité et de désunion nationale, estimant que le pays doit conserver une direction unique et forte.

- Le régime critique également les tentatives occidentales d’imposer leur système comme norme universelle, les qualifiant de menaces à la paix mondiale et d’hégémonie politique [vision complotiste et paranoïaque de la promotion des droits humains par l’Occident].

 

5.3.3    Argument de l’efficacité et de la tradition chinoise

 

- Xi Jinping estime que dans un monde complexe et rapide, seules les autocraties (pouvoir fort et centralisé) peuvent réagir efficacement, alors que les démocraties libérales sont trop lentes et divisées.

- L’affirmation du PCC repose aussi sur la réussite économique chinoise, qui remet en question le postulat occidental selon lequel croissance et liberté politique sont indissociables.

 

5.3.4    Argumentaire résumé

 

 Argument du PCC/ Xi Jinping           

 Critique formulée                         

 Stabilité politique                   

 Démocratie = chaos politique              

 Tradition et identité nationale       

 Démocratie occidentale incompatible       

 Efficacité du pouvoir                 

 Démocraties trop lentes, divisions        

 Refus de la norme occidentale universelle

 Imposition = hégémonie, danger mondial    

 Croissance économique sans démocratie 

 La prospérité ne dépend pas du multipartisme

 

En somme, Xi Jinping et le PCC présentent la démocratie libérale comme nuisible à la cohésion nationale et à la prospérité chinoise, en insistant sur la légitimité de leur modèle autoritaire, marqué par la tradition, la stabilité et l’efficacité.

 

5.4     Critiques de Sayyid Qutb et d’autres idéologues islamistes

 

Sayyid Qutb affirme que la démocratie occidentale donne la souveraineté au peuple, alors que pour lui seul Dieu (Allah) doit détenir la souveraineté véritable (« hakimiya »).

 

Il considère donc tous les systèmes fondés sur la loi humaine (qu’ils soient communistes, socialistes, libéraux ou démocratiques) comme impies (jahiliyya), c’est-à-dire assimilés à l’ignorance préislamique et à l’idolâtrie.

 

5.4.1    Rejet de la laïcité et de la séparation des sphères

 

Qutb conteste la laïcité et la séparation du politique et du religieux, piliers de la démocratie occidentale, en affirmant que cela coupe l’homme de l’autorité divine et conduit à la décadence morale et sociale.

 

L'État doit, pour lui, être totalement soumis à la loi islamique (charia) et ne reconnaître aucune législation contraire.

 

5.4.2    Accusation de décadence morale

 

Qutb voit dans la démocratie occidentale l’incarnation de la décadence: matérialisme, nihilisme, permissivité morale, émancipation des mœurs, destruction de la famille, individualisme et racisme.

 

Il critique aussi l’égalité entre hommes et femmes, jugée contraire à la tradition islamique.

 

5.4.3    Thème du complot et de l’hostilité occidentale

 

Beaucoup de ses écrits insistent sur une dimension de « complot occidental » visant à corrompre ou affaiblir l’islam, en renouvelant ainsi l’hostilité historique des croisades ou du colonialisme.

 

L’Occident est suspecté de vouloir anéantir l’identité islamique sous couvert de la diffusion de ses valeurs et de son modèle politique.

 

5.4.4    Appel à un modèle islamique alternatif

 

Selon Qutb et d’autres islamistes radicaux, il faut substituer à la démocratie occidentale un État fondé sur la souveraineté absolue de Dieu et la suprématie de la charia.

 

Toute législation humaine indépendante de la charia est considérée comme sacrilège et illégitime��.

 

5.4.5    Synthèse de la critique islamiste radicale

 

Souveraineté ne peut appartenir qu’à Dieu, non au peuple.

 

La laïcité, la liberté individuelle, l’égalité et la démocratie sont des inventions humaines conduisant à la décadence et à la perdition de l’humanité.

 

L’Occident est un modèle à rejeter, porteur d'un matérialisme destructeur et d’une hostilité constante face à l’islam.

 

La seule voie légitime est l'instauration d’un ordre politique, social et moral intégralement fondé sur l’islam et la charia.

 

Ces critiques structurent l’argumentaire idéologique de nombreux mouvements islamistes radicaux modernes, qui voient la démocratie occidentale non comme un horizon d’émancipation, mais comme une contre-religion à combattre.

 

6        Annexe : Quels textes officiels du PCC expliquent leur rejet de la démocratie libérale

 

Les textes officiels du PCC qui expliquent le rejet de la démocratie libérale incluent principalement le « Document numéro 9 » (2013) et diverses interventions idéologiques publiées dans les revues du parti et les discours majeurs de Xi Jinping.

Le Document numéro 9 (« Communiqué sur la situation actuelle de l’idéologie ») est célèbre pour son rejet explicite de la « démocratie constitutionnelle », des « valeurs universelles », de l’indépendance de la société civile et de la liberté de la presse, toutes considérées comme des menaces à l’autorité du Parti.

 

6.1     Principaux textes et sources officielles

 

- *Document numéro 9 (2013)* : Émis par le Département de la propagande du PCC, ce texte interne met en garde contre sept « dangers » idéologiques issus de l’Occident, dont la démocratie libérale, la société civile indépendante, le néolibéralisme, la liberté de la presse et l’historicisme, que le PCC associe à la subversion étrangère et à la menace contre la stabilité politique du pays.

- *Discours de Xi Jinping* : Plusieurs discours officiels du président, notamment lors des congrès du PCC ou dans des textes doctrinaux, réaffirment l’opposition à un système multipartite et la nécessité de maintenir l’autorité exclusive du parti au nom de la « démocratie socialiste » et d’une gouvernance adaptée à la culture chinoise.

- *Articles doctrinaux et documents internes* : Des textes publiés dans des revues scientifiques affiliées, telles que Open Times (《开放时代》) et différents travaux de chercheurs comme Wang Shaoguang, précisent le rejet de la démocratie représentative occidentale et promulguent une version chinoise de la « démocratie de masse », justifiant le système de représentation non électorale du Parti.

- *Constitution de la RPC (préambule et articles du PCC)* : Bien que la Constitution évoque des droits fondamentaux, elle entérine, dans ses principes, la direction exclusive du PCC et rejette le pluralisme politique inhérent à la démocratie libérale occidentale.

 

### Citations et références essentielles

 

 Texte officiel               

 Nature du rejet de la démocratie libérale             

 Document numéro 9            

 Rejet des « valeurs universelles » et multipartisme  

 Discours de Xi Jinping       

 Défense du modèle à parti unique                     

 Travaux doctrinaux (Wang Shaoguang, etc.)

 Caricature et critique du modèle électoral occidental

 Constitution de la RPC       

 Confirme la primauté du PCC, absence de pluralisme   

 

En résumé, le rejet de la démocratie libérale par le PCC s’appuie sur des textes comme le Document numéro 9, des discours et articles doctrinaux officiels, et la Constitution chinoise qui consacre le pouvoir sans partage du Parti.

 

 

 

7        Annexe : La torture dans les prisons et les goulags russes

 

La torture dans les prisons russes et camps pénitentiaires (goulag modernes ou colonies pénitentiaires, y compris en Sibérie) a connu une recrudescence systématique sous Vladimir Poutine, mais il ne s’agit pas littéralement d’une « restauration officielle » : la pratique n’a jamais totalement disparu depuis l’URSS, cependant, les années 2000 et surtout après 2014 ont vu une aggravation marquée du phénomène, devenue structurelle et encouragée par les autorités selon les enquêtes récentes���.

 

7.1     Retour et intensification de la torture sous Poutine

 

Dès le début des années Poutine (à partir de 2000), de nombreux témoignages et rapports d’ONG font état d’abus, tortures et traitements inhumains dans le système pénitentiaire russe, mais souvent dissimulés ou rationalisés comme « violence normale ».

 

À partir de la guerre contre l’Ukraine en 2014 puis de l’invasion de 2022, la torture est devenue une pratique systématique contre prisonniers ukrainiens et opposants, avec encouragements directs par la hiérarchie pénitentiaire et une impunité quasi totale pour les tortionnaires. Des anciens cadres du système carcéral ont confirmé que des ordres explicites étaient donnés pour cette brutalisation.

 

Depuis 2022, des milliers de prisonniers ukrainiens ont été déplacés vers des camps en Russie et Sibérie, subissant des sévices tels qu’électrocution, coups, mutilations, viols et privations, dans un cadre institutionnalisé et parfois filmé.

 

7.2     Évolution légale et politique

 

En 2022–2025, le régime Poutine a officiellement rompu avec les standards européens de prévention de la torture, y compris par le retrait des conventions internationales qui protégeaient juridiquement les détenus.

 

Le recours à la torture comme outil de répression politique et sociale est désormais reconnu comme organisé et sanctionné par le sommet de l’État, selon les rapporteurs de l’ONU et d’Amnesty.

 

Les pratiques de torture sont documentées dans les « goulags » modernes en Sibérie (camp d’Usolye, Polar Wolf…), où les détenus (prisonniers politiques, Ukrainiens, migrants) subissent des traitements proches de ceux du système stalinien ou Brejnévien, avec parfois l’implication de codétenus régis par l’administration.

 

7.3     Conclusion sur la chronologie

 

En résumé : la torture n’a jamais été officiellement abolie dans les prisons russes après la chute de l’URSS, mais sous Poutine et surtout après 2014, elle est redevenue un instrument central de gouvernance carcérale, avec des pics de brutalité attestés à partir de 2020 et une systématisation reconnue depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022.

 

La politique russe actuelle ne fait donc que perpétuer et aggraver le legs des conditions concentrationnaires du goulag, dans une logique d’impunité et d’instrumentalisation politique.

 

8        Annexe : Arguments sur la différence de niveau civilisationnel entre UE et Russie

 

L'UE est le plus haut niveau ou état de civilisation actuelle dans le monde (égalité homme et femme, respect des minorités, égalité devant la loi, au niveau du droit, liberté d'expression, lutte contre la corruption _ il suffit de se baser sur le rang de Transparency international de tous les pays membres de l'UE sauf la Hongrie et peut-être la Bulgarie).

 

A contrario, comparativement, la Russie est dans un état de barbarie, par exemple,

 

1) n'hésitant pas à lancer la guerre contre ses voisins pour voler des terres et richesses,

2) l'armée russe n'hésitant pas à tuer et torturer ses propres soldats,

3) le droit n'est pas garanti dans les camps et prisons, la torture y est généralisée, y compris par la famine,

4) la préservation de l'existence des prisonniers n'y est pas garantie (mort, dans des conditions suspectes, de Navalny, de Victoria Roshchyna, journaliste ukrainienne...).

 

5) Les opposants politiques sont tués _ Nemtsov, Navalny, Anna Politovskïa... _,

 

6)  les partis politiques d'opposition sont interdits,

7) les médias d'opposition sont bloqués depuis 2022 (Meduza, The insisder, TV Dojd, Novaya Gazeta, Mediazona...).

 

8) En février 2017, Poutine a promulgué une loi (adoptée par la Douma) qui dépénalise les violences domestiques « sans séquelles graves » (pas de blessures nécessitant hospitalisation) et non récurrentes (pas plus d'une fois par an). Donc exit la possibilité de poursuivre les menaces et tortures psychologiques du mari sur son épouse.

 

9) Les autorités russes qualifient officiellement le conflit d'« opération militaire spéciale » et criminalisent toute remise en question de cette narrative via des lois sur la « discréditation » des forces armées ou la diffusion d'« informations falsifiées » (Article 20.3.3 du Code des infractions administratives (introduit en mars 2022), Article 280.3 du Code pénal (version criminalisée), Article 207.3 du Code pénal, En 2024 : Loi permettant la confiscation de biens pour les condamnés sous ces articles.).

Ces lois interprètent largement toute critique de la guerre (appels à la paix, slogans comme « Non à la guerre », publications sur les pertes civiles, ou même poèmes anti-guerre) comme une « discréditation ».

 

10) Le bizutage violent dans l'armée russe, connu sous le nom de dedovshchina (дедовщина, littéralement « règne des grands-pères »), reste un phénomène persistant et grave, malgré les affirmations officielles du ministère de la Défense selon lesquelles il aurait été éradiqué ou fortement réduit.

 

11) Aucune lutte sincère contre la corruption, puisque les plus corrompus sont Poutine et son entourage.

 

12) En Russie, depuis 20 ans, les élections sont truquées et les résultats connus d'avance.

Il n'y a plus aucun parti d'opposition.

 

En résumé, en Russie, règne l'arbitraire, derrière la coquille vide de lois (ou des traces d'un état de droit), qui ne sont là que pour abuser le public et les étrangers.

 

Bref mieux vaut vivre dans l'UE que dans la Russie.

 

Table des matières

1       Introduction. 1

2       Les valeurs traditionnelles ou conservatrices. 1

2.1          Ce que recouvrent les "valeurs traditionnelles". 1

2.2          Valeurs traditionnelles chinoises selon Xi Jinping et le PCC.. 2

2.2.1      Principaux piliers des valeurs traditionnelles. 2

2.2.2      Critères moraux et sociaux. 3

2.3          Hostilité envers la tolérance de l’homosexualité. 3

2.4          Fonction politique de cette hostilité. 4

3       La continuité historique. 4

3.1          Poutine, Douguine et les idéologues russes. 4

3.2          Viktor Orban. 4

3.3          Xi Jinping et le PCC.. 5

3.4          Motifs communs. 5

4       Dans le passé en particulier dans les années 30. 5

4.1          Critiques d'Hitler. 5

4.2          Critiques de Mussolini 5

4.3          Critiques de Franco. 6

4.4          Critiques de Charles Maurras (royaliste français) 6

4.5          Critiques de l'extrême-droite française. 6

4.6          Tableau comparatif des critiques. 6

5       Critiques actuelles. 7

5.1          Critiques de Poutine et des idéologues du Kremlin. 7

5.1.1      Principales critiques de Poutine. 7

5.1.2      Critiques des proches et idéologues du Kremlin. 7

5.1.3      Critiques d'Alexandre Douguine, idéologue russe. 7

5.2          Critique de Viktor Orbán. 8

5.3          Critique de Xi Jinping et du PCC chinois. 9

5.3.1      Modèle chinois vs démocratie occidentale. 9

5.3.2      Critiques du multipartisme et des « valeurs universelles ». 9

5.3.3      Argument de l’efficacité et de la tradition chinoise. 9

5.3.4      Argumentaire résumé. 9

5.4          Critiques de Sayyid Qutb et d’autres idéologues islamistes. 10

5.4.1      Rejet de la laïcité et de la séparation des sphères. 10

5.4.2      Accusation de décadence morale. 10

5.4.3      Thème du complot et de l’hostilité occidentale. 10

5.4.4      Appel à un modèle islamique alternatif 10

5.4.5      Synthèse de la critique islamiste radicale. 11

6       Annexe : Quels textes officiels du PCC expliquent leur rejet de la démocratie libérale. 11

6.1          Principaux textes et sources officielles. 11

7       Annexe : La torture dans les prisons et les goulags russes. 12

7.1          Retour et intensification de la torture sous Poutine. 12

7.2          Évolution légale et politique. 12

7.3          Conclusion sur la chronologie. 13

8       Annexe : Arguments sur la différence de niveau civilisationnel entre UE et Russie. 13